Bertrand Bigay

Ces quelques lignes ont pour objectif de raconter mon parcours et voir comment, progressivement, je suis arrivé à mon métier d’aujourd’hui, entrepreneur. C’est aussi l’histoire de belles rencontres avec des gens qui ont compté. Je profite de ce retour en arrière pour les remercier.

Mars 1986 : dans quelques mois, le bac. Pas d’inquiétude particulière, mais pas d’idée très claire non plus de la suite. Mon père m’incite à aller discuter avec le Père GILIBERT, responsable des prépas HEC à l’Ecole Sainte-Geneviève. Je décroche mon téléphone, et, première surprise, le Père GILIBERT me propose un rendez-vous dans les jours qui suivent. Je sais déjà que je veux créer une entreprise, nous en parlons, avec passion. Une heure plus tard, le Père GILIBERT me raccompagne et me glisse « si cela vous dit, déposez un dossier de candidature pour la prépa HEC. Si vous avez de bons résultats au bac, on ne sait jamais ». Et effectivement, quelques mois plus tard, je suis en prépa HEC à Ginette.

Septembre 1988 : me voilà à l’ESSEC, parti pour trois ans d’études de commerce et gestion. Je me régale en marketing, en stratégie, en finance (mythique cours de FIN 122 du désormais célèbre Serge HAYAT) et en droit. Je déteste la compta, alors qu’aujourd’hui je m’amuse à décortiquer les comptes d’entreprises. Je ne comprends pas l’intérêt des cours de Ressources Humaines, théoriques au possible, alors que c’est en réalité la clé de tout : motiver les équipes, anticiper et comprendre les problèmes, etc… Mais peut-on apprendre les ressources humaines ?

Novembre 1992 : après 18 mois passés aux Etats-Unis en VSNE, voilà mon premier vrai job. Je débute chez ACCENTURE (à l’époque Andersen Consulting). Mon but est clair : apprendre, apprendre, apprendre… Je pense faire du conseil en organisation et je me retrouve sur de gros projets informatiques. Heureusement ! Depuis ces longues heures passées avec ma manager, Gwenaëlle, les MCD (modèle conceptuel de données) n’ont plus de secret pour moi.

Décembre 1994 : dans 4 ans, la France organisera la Coupe du Monde de Football France 98. Pour cela, le CFO (Comité Français d’Organisation) est créé. Isabelle DELAYE, qui était manager chez Andersen Consulting et avait travaillé sur les Jeux Olympiques d’Albertville en 1992, est recrutée comme Directrice de la Billetterie. Quelques semaines plus tard, je rejoints Isabelle au CFO. Pendant un an, nous réfléchissons ensemble à la création de l’entreprise « billetterie ».
Cette année est synthétisée dans un document de 200 pages, surnommé entre nous « la Bible », véritable business plan de la Billetterie. De 1995 à 1998, nous n’avons « plus qu’à » dérouler la Bible pour vendre les 2,5 millions de billets et réaliser 225 M€ de Chiffre d’Affaires. Ces années ont évidemment été très riches en émotions et en rencontres. C’est notamment dans les 70 salariés que comptait notre équipe billetterie que j’ai rencontré ceux avec qui, quelques années plus tard, je créerai CITYVOX. Des nombreuses choses que j’ai apprises pendant cette période,  j’en retiendrai particulièrement deux :

  • D’abord l’importance de la finesse : amener ses interlocuteurs là où l’on veut qu’ils aillent, en leur donnant l’impression qu’ils y sont allés seuls. La préparation de la Coupe du Monde a été un grand jeu de diplomatie entre tous les acteurs politiques : FIFA, FFFF, Clubs, Sponsors, médias, etc… C’est à rapprocher de la règle chinoise qui veut qu’il ne faut jamais faire perdre la face à quelqu’un.
  • KISS : Keep It Simple and Stupid. C’est une règle de base qu’Isabelle nous rabâche et que je ne cesserai jamais d’essayer d’appliquer. Combien de fois me suis-je dis que si j’avais éte encore plus strict sur cette règle je m’en serais mieux porté ? Pour construire une entreprise sur du roc, il faut garder cette règle en mémoire.

Au CFO, j’ai aussi eu la chance de travailler avec Jacques LAMBERT. Mon poste à la billetterie me permet de le rencontrer fréquemment. Ancien Préfet au moment des Jeux Olympiques d’Albertville, Jacques est quelqu’un d’incroyablement droit et intelligent. Peu à peu, je le comprends et j’apprends à mieux formuler les notes sur lesquelles nous lui demandons un arbitrage, afin d’obtenir un précieux « Oui ». Si la note ne revient pas dans les 24h, je sais que quelque chose ne va pas dans ma proposition. J’apprends qu’il ne faut pas dire « il y a un problème », mais « voilà le problème, les solutions possibles sont A, B ou C, nous recommandons C, êtes-vous d’accord ? ».

Juillet 1998 : la France est Championne du Monde ! Je m’étais promis de partir en vacances 6 mois, mais au cours de la Finale, dans les loges du Stade de France dont je m’occupe, je rencontre Philippe BOURGUIGNON, alors PDG du Club Med. Philippe s’est lancé un énorme défi : remettre sur les rails ce mythe français qui menace de s’effondrer. Le challenge me plaît, j’ai envie de participer ! Une semaine plus tard, je débute au Club Med.
Ma mission est de rétablir les relations peu diplomatiques entre les équipes commerciales et marketing d’une part, et les équipes informatiques. Puis d’imaginer les systèmes informatiques nécessaires pour développer les ventes, à l’heure où Internet s’impose.
Philippe BOURGUIGNON a une volonté et une énergie incroyables ! Je retiens cette phrase : « expliquez-moi pourquoi ça n’est pas possible, et je vous dirai comment faire ». (Voir son livre « Et Hop !« ) Et systématiquement, cela fonctionne. Quand on créée ou quand on redresse une entreprise, il faut déplacer des montagnes ! C’est en me souvenant de cette phrase de Philippe que j’ai réussi à surmonter parfois l’insurmontable, ou à entrainer mon équipe dans des challenges impossibles. Yves MARTIN est le Directeur Général dont je dépends. Yves est aussi quelqu’un d’extraordinaire, doté d’une volonté et d’une intelligence exceptionnelles. Yves a aussi une petite phrase clé, qui m’a souvent servi par la suite : « Pour vivre vieux, il faut vivre jeune ». En clair, dans une entreprise, on peut faire tous les plans à long terme que l’on veut, mais si l’on meurt avant, cela ne sert à rien. Il faut donc en même temps développer une vision stratégique et assurer la survie à court terme.

Automne 1999 : Yves m’envoie aux Etats-Unis. Les équipes américaines du Club Med se plaignent de ne pas avoir de site Internet de réservation, ce qui les empêche d’atteindre les objectifs de développement selon elles. En France, Internet est déjà assez développé. Mais aux Etats-Unis, c’est une véritable déferlante ! Le soir, dans ma chambre d’hôtel, je me demande quoi faire ce soir. Alors je cherche un resto ou les horaires de ciné sur www.citysearch.com. Après quelques semaines, c’est décidé, je rentre à Paris pour lancer « Mon Village », inspiré de Citysearch.

Novembre 1999 : pour réussir une entreprise, il faut avant tout une équipe. Je rassemble certains des amis que j’avais recrutés au cours des années Coupe du Monde : Bertrand GSTALDER, qui travaillait avec moi au Club Med, Xavier CORMAN, qui était parti chez Price Waterhouse, Philippe GUGUEN qui avait déménagé au Canada. Nous serons rapidement rejoints par Michel ATHENOUR, un ami de Bertrand, qui passait ses journées à travailler sur des business plans de start-ups internet en temps que consultant, et rêvait de passer de l’autre côté de la barrière. On le dit souvent, mais l’équipe est la clé du succès : avec une bonne équipe et un mauvais projet, l’équipe réorientera le projet et s’en sortira. C’est ce que nous avons fait avec le projet « Mon Village », devenu « Cityvox ». Avec un beau projet mais une mauvaise équipe, il ne se passera rien. C’est malheureusement ce que j’ai appris en investissant moi-même dans certaines start-ups plus tard.Là, nous avions la dream team (le parcours de chacun au delà de Cityvox le démontrera d’ailleurs !).
Il faut également de l’argent pour lancer un projet aussi ambitieux que Cityvox. C’est grâce à un ami proche que nous avons disposé des financements nécessaires pour construire notre projet. Lui et sa famille nous ont fait confiance, probablement au-delà du raisonnable parfois ! Mais c’est cette confiance qui a fait que nous n’avons pas quitté le navire en pleine tempête, en 2001-2002, à l’époque où avouer que l’on travaillait dans Internet déclenchait systématiquement un regard compatissant.
Une équipe, des moyens, des locaux : ça y est, en novembre 1999, je suis un entrepreneur !

Et depuis maintenant plus de 10 ans, je développe des entreprises et j’aime ça !

Bertrand Bigay

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