La bonne équipe pour créer une start-up

Il est courant de dire que ce qui compte dans un projet, c’est l’équipe. Voilà un sujet sur lequel j’ai eu l’occasion de réfléchir et d’expérimenter, à la fois dans mes projets personnels, mais aussi en tant qu’investisseur dans différentes sociétés.

Et effectivement, c’est une évidence : une mauvaise équipe explosera au premier écueil, tandis qu’une bonne équipe a plus de chance d’affronter avec succès les tempêtes qui ne manqueront pas d’arriver à certains moments du projet. Dans le projet, tout ne se déroulera pas comme prévu : il faudra s’adapter, changer de business model éventuellement, trouver les ressources pour tenir bon dans les moments de découragement. Seules les bonnes équipes y parviendront.

Pourtant, j’ai appris qu’un certain nombre de règles devaient être mises en place pour qu’une équipe fonctionne bien.

  • Ne pas être trop nombreux.

A la création de Cityvox, nous avions clairement la dream team ! Je vous laisse découvrir les parcours de chacun, qui parlent d’eux même : Bertrand Gstalder (à qui nous devons d’être arrivé un beau matin, après une nuit d’intense méditation, avec le nom « Cityvox »), Michel Athénour, Xavier Corman, Philippe Guguen et moi-même. Plus encore, à part Michel, nous nous connaissions tous et avions déjà travaillé ensemble au Comité d’Organisation de la Coupe du Monde. C’était donc une bonne équipe, mais surtout une équipe qui se connaissait et fonctionnait plutôt bien.

Et pourtant, une réalité s’est assez vite imposée à nous : même si nous avions du mal à le reconnaître car nous prenions du plaisir à travailler tous ensemble, nous étions trop nombreux. Cela se vérifie très simplement, par les salaires à la fin du mois. Si nous avions voulu continuer à nous payer les salaires que nous percevions alors dans les postes que nous avions quittés, le coût pour l’entreprise pour nous cinq aurait été proche de 30 000€ mensuels. Difficile à supporter pour une entreprise en création qui a par ailleurs de nombreuses autres dépenses à absorber.

Sur les dernières années, Michel et moi sommes restés seuls. Cela aurait pu être d’autres que nous, là n’est pas le problème. Mais en ce qui concerne le nombre d’associés, deux me semble le chiffre idéal. Etre seul est vraiment difficile, car il y a inévitablement des hauts et des bas, et dans les moments de doutes, il est bon d’avoir un associé qui à la pêche. Mais être plus nombreux ne me semble pas supportable pour une petite entreprise.

  • Qui est le patron ?

« On est tous potes ». Oui, bien sûr, sinon on ne se lancerait pas dans une aventure comme ça ensemble. Mais pourtant, si l’aventure dure, il est certain qu’il y aura des tensions. Et là, il faut clairement savoir qui est le patron.

Il ne s’agit pas d’avoir un fonctionnement autocratique, car le développement de l’entreprise nécessite l’adhésion de tous. Mais il faut bien savoir qui décide en dernier ressort en cas de désaccord.

C’est donc un point essentiel à régler dès la constitution de l’équipe. Si la discussion est difficile à la création de l’entreprise, quand l’enthousiasme est à son comble, imaginez ce que cela sera en plein conflit !

Dans le cas où il n’y a que deux associés, il me semble important que le capital ne soit pas réparti à 50/50. Celui qui est le patron doit au minimum avoir une voix de plus pour éviter un blocage de la société en cas de conflit.

  • Actionnaires ou salariés ?

La réflexion sur le nombre d’associés peut être alimentée par une question : qui doit être salarié ? qui doit être actionnaire ?

En effet, je pense qu’il faut limiter le nombre d’associés (=actionnaires) de l’entreprise.  Dans l’euphorie du démarrage, on va créer l’entreprise « tous ensemble ». Et pourtant, au fil des années, le rôle de chacun évoluera, certains voudront partir, etc… Par ailleurs, si l’entreprise se développe, il faudra faire entrer de nouveaux actionnaires, qui prendront une partie du capital. Mais si le capital a déjà été morcelé au démarrage de l’entreprise, avec les dilutions successives, chacun se retrouvera avec une part trop petite pour maintenir sa motivation.

Il me semble donc que ne doivent être associés dans un projet que les personnes qui ont un rôle essentiel d’une part, et qui s’imaginent associées au projet dans la durée d’autre part.

Il est très facile (et essentiel) de mettre en place des dispositifs tels que l’intéressement, voire les actions gratuites avec de grandes réserves), qui associent les salariés au succès. Mais cela n’est pas la même chose que d’éparpiller le capital à la création de l’entreprise.

  • Comment se sépare-t’on ?

S’associer pour créer une entreprise est aussi engageant que de se marier. Au risque de choquer, il faut rappeler que le créateur d’entreprises passera plus de temps avec ses associés qu’avec sa femme.

Pourtant, si l’aventure dure, il est probable que certains souhaiteront quitter l’entreprise. Pour des raisons personnelles (familiale, géographique, financière) ou pour des raisons de mésentente au sein de l’équipe.

Il est donc essentiel d’avoir prévu dès le départ les conditions de sortie d’un manager associé. En effet, lors de la création d’entreprise, personne n’a envie de parler de ces sujets. Et pourtant, il est beaucoup plus simple de fixer des règles à ce moment-là.

En particulier, l’une des questions à traiter consiste à savoir si un fondateur qui quitte l’entreprise conserve ses actions. Illustrons le problème pour bien comprendre : imaginons une équipe de 4 fondateurs, chacun ayant 25% du capital. Finalement, après un an, l’un d’entre eux quitte l’entreprise et conserve ses actions. Le second part après 3 ans. Les deux derniers restent, développent l’entreprise avec succès : ils finissent par obtenir une belle proposition de rachat (ou, autre hypothèse, l’entreprise est assez rentable et verse des dividendes).  Est-il normal que le fondateur qui a quitté l’entreprise au bout d’un an, qui a poursuivi une belle carrière ailleurs, perçoive au bout de 15 ans la même somme que ses deux amis qui seront restés 15 ans dans l’entreprise ? Clairement non. A l’inverse, celui qui serait resté 10 ans a clairement le droit de revendiquer une part du succès. Il est dons essentiel que les conditions de rachat des actions en cas de départ soient fixées à l’avance.

Voici les sujets auxquels il me semble donc important de faire attention lorsque l’on constitue une équipe pour créer une entreprise.

Avoir la bonne équipe est une chose indispensable. Partir sur de bonnes bases l’est tout autant.

0 réponses

Répondre

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>