Plaidoyer en faveur de la TVA sociale

Depuis que Nicolas Sarkozy a relancé l’idée d’une TVA sociale lors de ses vœux, on entend de nouveau tout et n’importe quoi au sujet de l’intérêt de ce projet. Pour être honnête, il faut tout de même rappeler que le premier ces derniers mois qui s’était prononcé pour la TVA sociale, c’est Manuel Valls pendant la primaire socialiste. Depuis, il semble l’avoir oublié, ce qui en dit long sur l’honnêteté intellectuelle des hommes politiques.

Une évidence pour tout entrepreneur

Pourtant, tout entrepreneur qui, comme moi, a épluché les comptes de son entreprise ne peut que se prononcer en faveur de la TVA sociale. On peut regretter que ce projet soit l’otage de débats purement politiciens, alors qu’il devrait faire l’objet d’un consensus national pour sauver notre industrie. Car un pays sans industrie est un pays mort. Vivre de tourisme et d’huile d’olive, on sait maintenant clairement où cela mène…

Alors, pourquoi suis-je résolument pour la TVA sociale ? N’importe quelle personne qui a déjà regardé un bulletin de paye sait qu’un salarié coûte à l’entreprise le double de son salaire net. Un salarié qui touche 1500€ net coûte à l’entreprise 3000 €. J’ai toujours été frappé de voir que la plupart des salariés n’en ont pas conscience, alors que c’est pourtant inscrit noir sur blanc sur les fiches de paye.

Cet écart gigantesque entre le net et le coût total du travail s’explique par les charges sociales qui pèsent sur le travail : santé, chômage, retraite, transports, etc… Mais quelle est la logique qui veut que seuls les salariés payent des prestations sociales qui bénéficient à tous ? Pendant que le travail du salarié à l’étranger n’a pas ces mêmes charges, et donc produit à moindre coût. La production du salarié à l’étranger concurrence donc la production du salarié en France, à la fois en France (favorisant les importations) et à l’étranger (pénalisant les exportations).

Pour ma part, cet écart mine ma motivation à entreprendre : que le travail coûte si cher à l’entreprise alors que le salarié touche aussi peu me démoralise. J’en suis arrivé à me fixer comme objectif pour ma prochaine boite d’avoir le moins de salariés possible. Mais peut-on vraiment créer une entreprise en se fixant un tel objectif ? Quel gâchis !

Que permettrait la TVA sociale ?

Le financement d’une grande part de la protection sociale par une TVA sociale qui toucherait donc tous les produits, y compris les produits importés, permettrait donc de réduire l’écart entre le salaire net et le coût réel pour l’entreprise. Cela rendrait possible :

– une baisse des coûts salariaux de l’entreprise, ce qui améliore sa compétitivité,
– un salaire net plus élevé pour les salariés,
– une marge plus élevée pour l’entreprise, permettant d’augmenter les fonds propres.

La répartition du gain entre ces 3 éléments ne manquera pas de créer de nombreuses discussions. La priorité semble évidemment de baisser les coûts salariaux pour améliorer la compétitivité. Mais c’est la situation dans chaque entreprise qui donnera les marges de manœuvre possibles.

On entend parfois dire que les salariés ne verront pas leur salaire net augmenter. Mais il suffit de regarder une fiche de paye pour savoir qu’il existe des taux de charges payés par le salarié, et d’autres payés par l’entreprise. En supprimant certaines charges pour les transférer sur la TVA sociale, le montant des charges des salariés va nécessairement baisser et le salaire net augmenter. C’est mécanique.

La TVA sociale pour sauver l’Etat Providence

Alors, qui serait pénalisé par la TVA sociale ? Principalement les personnes qui ne touchent pas des salaires mais des prestations sociales : retraites, allocations familiales, RSA, etc… Effectivement, ces personnes ne verront pas d’évolution de leurs revenus, mais paieront plus cher leurs produits. Là, on touche un autre débat, qui est celui de savoir si la France a toujours les moyens de l’Etat Providence. Je pense clairement que non.

Car de toutes façons, en faisant payer l’Etat Providence par le travail des salariés, on asphyxie peu à peu le « Made in France ». Au final, il n’y aura plus suffisamment de salariés en France pour payer l’Etat Providence, et il s’écroulera de toute façon. Donc, amputer maintenant de quelques pourcents le pouvoir d’achat de ceux qui bénéficient de prestations sociales pour sauver le système ne me choque pas, je l’avoue.

D’autant plus qu’en ce qui concerne les retraités, il ne faut pas oublier que ce sont eux qui ont bénéficié d’un Etat qui a creusé la dette, et laissé aux générations futures à la fois l’impossibilité de continuer à s’endetter et la nécessité de rembourser cette dette. Il faudra toutefois veiller à ne pas impacter les plus fragiles, par exemple en revalorisant les minima sociaux, mais cela n’est pas compliqué à faire.

Les barrières sur les importations sont une absurdité

On nous propose comme alternative à la TVA sociale des barrières à l’importation. Ridicule ! Tout d’abord les règles du commerce mondial nous l’interdisent. Quel gouvernement sérieux oserait sortir de l’OMC ou de l’Union Européenne pour mettre des barrières douanières ? Alors qu’une grande partie de l’économie française est tournée vers l’export ?

Par ailleurs, il faudrait donc expliquer aux français que leur voiture japonaise, leur iphone, leur écran plat Samsung, etc… va être nettement plus cher. Que chacun regarde chez lui tout ce qu’il consomme en provenance de l’étranger. Faut-il y renoncer ou le payer nettement plus cher ? Bienvenue en Corée du Nord !

Mieux vaut tard que jamais

En conclusion, la TVA sociale me semble la seule solution pour réduire le coût du travail et permettre aux produits « Made in France » de mieux se vendre, en France et à l’étranger. Ils permettront de sauver notre industrie (mais aussi notre agriculture ou nos services), qui est la racine de toute l’économie.

Il faut maintenant espérer que cela se fasse vite et bien. Nous avons déjà pris beaucoup de retard, un retard pendant lequel des milliers de salariés français ont perdu leur emploi. Et quand la TVA sociale sera en place, les salariés en comprendront l’intérêt. Comme en Allemagne, qui a fait cela il y a 5 ans sous un gouvernement socialiste, et qui aujourd’hui tire pleinement les fruits de cette politique : un chomage en baisse, une croissance qui reste élevée pour l’Europe, une dette en baisse…

Pour ma part, je vois la TVA sociale comme une incitation à entreprendre. En réduisant l’écart entre le coût de travail et le salaire net, on réduit le sentiment de travailler pour remplir le tonneau des Danaïdes de la protection sociale, ce trou noir dans lequel 50% du coût du travail disparaît ! En plus du gain de compétitivité, l’impact sur le moral des entrepreneurs est certain.

En plus du gain de compétitivité, l’impact sur le moral des entrepreneurs est certain. Et ça, cela vaut de l’or pour notre économie !

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