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Pourquoi il ne faut pas supprimer l’ISF !

Rassurez-vous, mes amis Républicains,  je ne suis pas tombé sur la tête ! Je pense toujours que l’ISF est un impôt improductif et imbécile auquel les plus riches parviennent à échapper, quitte parfois à devoir fuir le pays qu’ils aiment. De fait, ils privent l’économie nationale de leur énergie productrice, et des ressources financières utiles au développement du pays. En effet, cet argent pourrait permettre de soutenir l’activité et la croissance française. Pourtant, il me semble que supprimer l’ISF n’est pas la bonne solution et ce pour deux raisons.

Moteur d’investissement dans les startups

Premièrement, la suppression de l’ISF engendrerait un manque de financement des startups. Aujourd’hui, la défiscalisation à hauteur de 50% de l’investissement dans les startups est l’un des principaux moteurs d’investissement de love money (cercle proche, famille, amis) et des Business Angels. Par conséquent si le gouvernement supprime l’ISF, la plupart des investisseurs n’auront plus besoin de défiscaliser. En absence d’intérêt de la défiscalisation, ce sont les startups en phase d’amorçage qui en paieront le prix (à savoir que les premiers 100.000€ injectés dans une startup sont souvent partiellement liés à la défiscalisation).

On peut imaginer un autre fonctionnement comme au Royaume-Uni, où la politique fiscale est avantageuse. Le New Seed Enterprise Investment Scheme, permet aux Business Angels de disposer d’un abattement fiscal de 50% avec un plafond de 120.000 euros par ans. De plus, si la startup fait faillite, ils peuvent déduire des impôts l’ensemble de leur perte. Ceci crée un véritable appel d’air pour le financement des startups : d’ailleurs, j’étais à Londres récemment et j’ai été surpris de voir que les panneaux d’affichage étaient couverts de publicités pour des plateformes de crowdfunding permettant d’investir dans les startups.

De retour dans 5 ans !

Le programme de François Fillon s’inspire timidement du modèle anglais et prévoit d’instaurer la possibilité de déduire de ses impôts 30% des investissements réalisés dans les PME. Et ce, dans la limite d’un million d’euros sur la durée du quinquennat. Notons tout de même que lorsqu’il était Premier Ministre, il avait réduit cette possibilité de 25% à 18% actuellement.

Alors vous me direz, « et bien voilà, tu es rassuré ! ». Et bien non, je ne suis pas rassuré.

D’abord car ce taux de 30% me semble timide. Mais surtout parce ce que si l’ISF est supprimé, je ne lui donne que 5 ans pour être de retour. Dès qu’un gouvernement va proclamer sa suppression, l’opposition va hurler au scandale, dénoncer un cadeau fait aux plus riches et promettre que dès son retour au pouvoir, elle rétablira l’ISF.

Ainsi, il n’y aura aucun impact sur les français exilés et les moyens qu’ils pourraient ramener pour développer l’économie nationale. Ils ne se rapatrieront pas en France pour une durée déterminée, à savoir 5 ans à peine. La suppression de l’ISF va reproduire le schéma de la loi TEPA voté en 2008, qui, aux côtés de mesures fiscales favorisant les plus riches avait introduit l’exonération des charges sociales sur les heures supplémentaires (côté employeur) et sa défiscalisation (côté salarié). Pendant tout le quinquennat, Nicolas Sarkozy s’est trainé ce que la gauche a appelé un « cadeau aux riches » comme un boulet, l’opposition tirant dessus en permanence avec la plus parfaite mauvaise foi politicienne. Et d’ailleurs, dès son arrivée, François Hollande a symboliquement préféré perdre sa première année à abroger tout ce qu’avait fait Nicolas Sarkozy (et en premier lieu la loi TEPA et  les heures supplémentaires plébiscitées par les français) plutôt que de prendre des mesures intelligentes.

L’aspect psychologique pour de nouveau attirer les fortunes françaises à l’intérieur du pays se soldera donc par un échec. En effet, ces dernières anticiperont le rétablissement de l’impôt dans les années à venir et préfèreront continuer à déprimer à Uccle

 

Pas une suppression mais une modification

Dans le contexte économique que nous connaissons, les français ont besoin, pour accepter les réformes, de sentir que l’Egalité n’est pas un vain mot. Cela n’est pas nouveau, l’histoire de France le prouve, mais c’est encore plus vrai en période de crise. La France n’a pas besoin de propositions clivantes auxquelles répondront des promesses de revanche. Et pourtant l’économie française, et en particulier l’écosystème de l’innovation des startups, a besoin du talent de ceux qui ont réussi et de leur capacité d’investissement.

La proposition d’Emmanuel Macron de maintenir l’ISF mais de sortir de son assiette de calcul tout ce qui concerne l’investissement dans les entreprises et contribue au financement de l’économie va dans le bon sens. J’ajouterais la possibilité de défiscaliser 100% et non pas 50% lorsqu’on investi dans les TPE/PME (ou de pouvoir défiscaliser les pertes comme les anglais).

Ainsi, le symbole de solidarité dont les français ont  besoin est maintenu. Il y a une chance que la mesure soit réellement durable car l’opposition sait pertinemment que l’impôt actuel est stupide. Et pour les plus fortunés, ceux qui pourraient financer l’économie, leur ISF devient pleinement productif. L’incitation à investir dans l’économie, et pour ce qui m’intéresse, dans les startups serait renforcée et permettrait de booster encore davantage l’économie et l’entrepreneuriat français. 

Au delà de cet exemple, c’est le sujet de la méthode pour réformer le pays et lui donner plus de liberté qui est en jeu. Sujet abordé clairement dans l’article « Fillon-Macron : deux visions de la Réforme » des Echos. Je comprends que la tentation de la réforme radicale soit tentante tant la situation du pays est compliquée après vingt ans d’immobilisme. Mais elle ne conduira qu’à la soif de revanche, surtout quand la situation personnelle de François Fillon le disqualifie pour mener des réformes churchilliennes.

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