Quel sont les objectifs de l’entrepreneur et de ses actionnaires ?

J’ai suivi en 2005 un séminaire de formation « Stratégie »  au cours du Forum Formation annuel du CJD Marseille. C’est au cours de ce séminaire que j’ai pris conscience de l’importance d’avoir une vision claire des objectifs de l’entrepreneur et des actionnaires d’une entreprise, et de s’assurer qu’ils sont compatibles. Et c’est en faisant le travail de formalisation des objectifs de chacun que j’ai pu élaborer la stratégie de Cityvox et préparer, dès 2006, la vente de l’entreprise qui a eu lieu en 2008.

Du côté de l’actionnaire financier, c’est la partie la plus simple.

L’actionnaire recherche la rentabilité financière. Elle peut toutefois se manifester de deux façons : soit par le versement de dividendes, soit par le rachat à terme de ses actions, qui lui permettront de faire une plus-value. La différence est toutefois de taille : dans le premier cas, cela suppose déjà que l’entreprise soit rentable. Dans le second, l’entreprise n’a pas nécessairement l’obligation d’être particulièrement rentable immédiatement, et l’ensemble des moyens disponibles peut être utilisé pour investir et développer l’entreprise.

C’est ce que nous avons fait avec Cityvox jusqu’en 2007: nous considérions, en accord avec nos actionnaires, que l’objectif prioritaire était la croissance de l’entreprise, et que tous les moyens disponibles devaient être utilisés pour cela. Par rapport à l’objectif fixé en accord avec les actionnaires, faire du bénéfice aurait été une erreur stratégique. Cela aurait signifié que nous n’aurions pas assez dépensé pour développer l’entreprise.

L’autre question importante est celle de la durée de l’investissement.  Si l’objectif de l’investisseur est le versement régulier de dividendes, la question n’est pas essentielle car l’investisseur  est satisfait (dès lors que l’entreprise verse des dividendes, évidemment !). Mais si l’objectif est la sortie avec plus-value, il est évident que la rentabilité n’est pas la même selon que la sortie soit dans 3 ans, 5 ans ou 10 ans. En particulier, il faut savoir que les fonds ont en général une durée limitée, à l’issue de laquelle ils doivent rendre à leurs propres actionnaires les fonds confiés, avec la plus-value. C’est pourquoi les fonds exigent souvent des clauses de liquidité, qui prévoient une date limite à laquelle ils doivent sortir. Je n’ai toutefois jamais compris comment un actionnaire pouvait exiger le remboursement de son investissement à une date donnée, mais c’est un autre sujet…

Du côté de l’équipe, les choses souvent moins claires

Quand je parle de l’entrepreneur, il faut plus généralement parler de l’équipe de managers-fondateurs-actionnaires, que je vais appeler « managers » dans la suite de ce texte. Ce qui amène immédiatement à s’interroger sur le fait de savoir si tous les membres de l’équipe ont bien le même objectif.

C’est souvent l’envie d’indépendance qui amène à quitter le salariat pour créer une entreprise. Mais au-delà de cette noble envie, le manager doit avoir les idées claires sur plusieurs sujets :

  • Tout d’abord la question du salaire. En tant que business angel, j’ai vu passer des dossiers où les managers prévoyaient de se verser des rémunérations de l’ordre de 10 000 € brut mensuels. Et comme ils étaient quatre (c’est à dire trop nombreux), les sommes qu’ils venaient demander aux investisseurs allaient être engouffrées en quelques mois dans leurs salaires.
    J’ai aussi commis l’erreur d’investir dans une société dans laquelle les managers prévoyaient des salaires que je jugeais un peu élevés, mais acceptables. Je n’avais pas vu en revanche, qu’en cas de difficulté, leur situation familiale personnelle rendait impossible toute baisse de salaire.  Au premier coup de vent, ils se sont enfuis chercher un salaire ailleurs, laissant en semi-abandon l’entreprise (mais refusant d’être remplacés tout de même, ce qui aurait pu permettre de sauver l’entreprise).
    A l’inverse, dans une autre société, la situation a été temporairement très difficile : les managers ont accepté une forte baisse de leur salaire pendant près d’un an, à la limite de leur possibilité personnelle, les actionnaires ont joué leur rôle, et ensemble nous avons pu restructurer l’entreprise. Aujourd’hui, l’entreprise est repartie de plus belle, avec un chiffre d’affaires en hausse de 80% en deux ans, une rentabilité de 15%, et des managers qui ont retrouvé des salaires supérieurs aux salaires d’avant crise.
    La première question sur laquelle l’équipe doit être claire est donc celle du niveau de salaire attendu, et à quelle échéance : quel salaire les membres de l’équipe doivent avoir ? Sont-ils prêts à accepter un salaire inférieur à celui auquel ils peuvent prétendre, pendant quelle durée ? Est-ce que leur situation familiale (enfants, divorce,..)  leur permet de l’absorber ? Cela doit obligatoirement être compensé par la perspective de plus-value à la revente. Mais est-ce que leur part du capital de l’entreprise est suffisamment élevée pour espérer une plus-value intéressante ?Il est également tout à fait respectable de se dire que la société a pour but principal de procurer aux managers un salaire raisonnable et durable. Un peu comme s’ils étaient salariés, mais avec l’indépendance et le pétillant de l’entrepreneuriat en plus. Mais dans ce cas, il ne faut pas faire rentrer d’investisseurs au capital, car les objectifs sont incompatibles.
  • La seconde question est celle du calendrier. Le temps passe, malheureusement. Et selon l’âge du manager et sa situation familiale (âge des enfants, métier du conjoint), les attentes sont différentes et évoluent dans le temps. Est-ce que son objectif est de construire dans la durée ? De transmettre l’entreprise à ses enfants ? Ou au contraire, est-ce un projet auquel il donne une limite dans le temps ? Si le travail de son conjoint l’éloigne du lieu de son entreprise, combien de temps va s’écouler  avant que cela ne mette en péril son couple ? Qu’est-il prêt à accepter ?  Je connais des couples dans lesquels la femme ne rêve que de déménager tandis que le mari, manager de son entreprise, est totalement fixé là où est son entreprise.

Pour conclure et résumer, voici donc quelques questions à se poser pour clarifier les objectifs de chacun. Le dirigeant de l’entreprise doit connaître les réponses de chacun des membres de son équipe, et de chacun de ses actionnaires :
– quel est l’horizon de mon investissement dans ce projet ?
– est-ce que j’attends une rentabilité sous forme de salaire, dividendes, plus-value ?
– quel niveau de salaire minimim puis-je accepter ? Combien de temps ?
– mon projet est-il compatible avec mes contraintes familiales ?

Avant de s’associer, il me semble fondamental de vérifier que les réponses de chacun à ces questions sont compatibles.

0 réponses

Répondre

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>